Au large, des oiseaux marins à découvrir

Seuls les marins peuvent avoir la chance de les croiser… ces as des mers qui ne daignent poser leurs pattes à terre qu’au moment de la reproduction pour y pondre leurs œufs. Ils mangent, dorment, volent et nagent en mer toute l’année. Ils ne se laissent observer par les gens de la terre que lors de forts vents ou quand ils suivent les bateaux de pêche de retour au port, avant de regagner l’horizon et continuer leurs périples en Méditerranée ou, au-delà, vers les océans et autres mers de la planète.

Pour pouvoir tout de même observer ces oiseaux, des sorties en mer sont organisées. La dernière en date, à laquelle la LPO Hérault a participé, s'est tenue lors du Festival Tous Sentinelles! organisé par le CPIE Bassin de Thau et les membres du réseau Sentinelles de la mer Occitanie.

Oiseaux de pleine mer ou du littoral ?

Les oiseaux marins, dont l’habitat et la ressource alimentaire sont liés au milieu marin, peuvent être regroupés en quatre catégories.

Les espèces pélagiques vivent au large et ne se posent sur la terre ferme que pour la reproduction. C’est le cas par exemple des puffins, océanites ou encore des macareux.

Les espèces côtières comme les fous et les pingouins ont les mêmes mœurs mais s'approchent plus près des côtes.

Les espèces littorales vivent près des côtes en revenant régulièrement à terre. Goélands, mouettes, sternes ou cormorans peuvent ainsi s'observer aisément à l'intérieur des terres. Certaines de ces espèces peuvent même s'installer loin du littoral.

Les espèces du bord de mer, quant à elles, ne fréquentent que le rivage marin. Canards, flamants roses et petits échassiers par exemple, ne s’aventurent pas au large.

Des adaptations étonnantes au milieu marin

Si la mer est nourricière, elle n’en demeure pas moins un milieu potentiellement hostile pour un oiseau : tempêtes, absence d’eau douce et prédateurs ne manquent pas. L’évolution a cependant permis l'apparition d'adaptations particulières chez ces oiseaux pour ce milieu :

- plumage peu coloré, souvent foncé sur le dessus et clair sur le dessous, pour être discret envers proies et prédateurs ;

- glandes à sel dans la tête et narines tubulaires sur le bec, afin d’excréter le sel de l'eau de mer ;

- odorat développé pour trouver nourriture et se repérer ;

- pattes palmées et ailes utilisées comme des nageoires pour se déplacer à parfois plus de 40 mètres de profondeur en apnée pour poursuivre les proies ;

- plumage étanche pour conserver la chaleur et flotter.

Une belle diversité d’espèces à observer

Lors de ses comptages en seawatch (observation avec une longue-vue depuis la côte) ou à l’occasion de sorties en bateau, les membres de la LPO ont recensé via l’application mobile NaturaList ou le site d’inventaire participatif faune-lr.org, de nombreuses espèces pélagiques et côtières. Citons par exemple :

- Des puffins (de Scopoli, yelkouan, des Baléares) en pêche sur nos secteurs avant de regagner leurs îlots de reproduction à plusieurs centaines de milles ;

- Des Fous de Bassan, venant pour la plupart de l’Atlantique Nord et transitant en Méditerranée durant leur "adolescence" ;

- Des Pingouins tordas et Macareux moines, en migration ou pour passer l'hiver avant de rejoindre leurs îles britanniques ;

- Les rares labbes (parasites, pomarins ou Grands Labbes) ayant la particularité de dérober les proies des autres oiseaux. Venant du Grand Nord, ils s'égarent parfois dans le Golfe du Lion ;

- L'Océanite tempête, semblable à l'Hirondelle de fenêtre par sa taille et sa couleur, peut également s'aventurer au large du littoral héraultais ;

- Les Cormorans huppés de Méditerranée, beaucoup moins fréquents et plus marins que les Grands Cormorans, se laissant occasionnellement observer sur les îlots rocheux.

La sortie du Festival Tous Sentinelles!

Le 8 octobre dernier, à l'occasion du Festival Tous Sentinelles!, la LPO Hérault et Cap au Large, tous deux membres du CPIE Bassin de Thau, ont organisé une sortie au large de Sète pour observer et recenser ces oiseaux marins.

Des espèces littorales ont très vite été observées en quittant le port: Goélands leucophées bien sûr (Laridé le plus commun de la région), mais aussi Sternes caugeks et deux espèces de mouettes, la Mouette rieuse et la Mouette mélanocéphale.

Plus loin, des pélagiques ont également été vus à proximité du bateau. Plusieurs dizaines de Puffins yelkouan (oiseau endémique des mers Méditerranée et Noire, mondialement menacé), parmi lesquels se cachait un Puffin des Baléares, dont la population mondiale est en danger critique d'extinction. Un Fou de Bassan, plus discret, s'est contenté de passer au loin.

Originalité en pleine mer, un Faucon crécerelle et un Busard des roseaux sont passés en migration au dessus du bateau.

Les observations ont été saisies sur le site d'inventaire participatif faune-lr.org via l'application NaturaList afin d'enrichir la base de données naturalistes de la région.

Des menaces pour ces ambassadeurs de la mer

Malgré leur vie loin de l'Homme, nombre d’espèces d’oiseaux pélagiques sont en déclin. En cause, plusieurs facteurs d’origines anthropiques :

- les changements climatiques qui modifient la répartition des proies et la qualité des habitats ;

- la surpêche qui menace les stocks de poissons dont ils se nourrissent ;

- les enchevêtrements accidentels dans les filets de pêche dérivant ;

- les pollutions : plastiques se retrouvant dans la chaîne alimentaire, hydrocarbures qui rendent le plumage perméable, soumettant ainsi les oiseaux au risque d'hypothermie ;

- la pollution lumineuse qui désoriente les jeunes lors de leur premier envol ;

- l'introduction sur les îlots de chats et de rats qui mangent les nichées ;

- l'impact potentiel de nouvelles éoliennes offshore.

Des mesures de conservation mises en place

Si le petit Macareux moine (emblème de l’association  LPO) a failli disparaître à cause d’une chasse excessive au début du XXème siècle, toutes les espèces d’oiseaux marins sont à présent protégées.

De plus, la désignation d'aires marines protégées (tels le Parc national des Calanques, le Parc naturel marin du Golfe du Lion, la Réserve naturelle nationale de Cerbères-Banyuls, des sites Natura 2000 comme la "Côte languedocienne"…) crée des zones de quiétude pour ces oiseaux.

Certains programmes mis en place sur plusieurs années permettent le financement de mesures de gestion et de sensibilisation visant la sauvegarde de ces espèces. C'est le cas par exemple du programme européen Life EuroSAP qui concerne plusieurs espèces sur la période 2015-2018 et pour lequel la LPO coordonne la rédaction du plan international d'actions sur le Puffin yelkouan.

Enfin, des actions de sensibilisation pour une meilleure conciliation entre les activités humaines et le développement de ces oiseaux permettent aussi de réduire les dérangements et minimiser les menaces sur ces espèces.

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