Une Buse pattue dans l’Hérault

Fait assez rare, il est possible depuis une semaine d’observer une jeune Buse pattue(Buteo lagopus) dans notre département et en plus à proximité de notre Centre Régional de Sauvegarde de la Faune Sauvage.
C’est une première dans l’Hérault, sans doute né en juillet dernier ce jeune individu de l’espèce protégée Buteo lagopus, caractérisé juvénile par son plumage est différenciable de la Buse variable, qui elle est très commune dans notre département. La Buse pattue se démarque aux premiers abords par son vol stationnaire dit vol en «Saint-Esprit» durant lequel elle laisse pendre ses pattes. Ce vol permet de voir les tarses entièrement plumés, c’est un détail qui ne laisse aucun doute sur la comparaison avec la variable. Son plumage est généralement plus clair que celui de sa cousine, il est marqué notamment par la bande sombre terminale sur la queue bien nette qui contraste avec la base de la queue très claire.
Cette observation nord ouest méditerranéenne est tout aussi rare car c’est une espèce qui passe la période hivernale en Europe Centrale et Orientale, en passant par la Russie, le Sibérie Occidentale jusqu'à Vladivostock et la Mandchourie, mais également aux Etats-Unis, (hormis les états du deep south de la Virginie Occidentale jusqu'à la Floride). Pour la France on dénombre entre 10 et 50 individus (1) chaque année qui passent l’hiver, regroupés principalement au Nord-Est du territoire. La limite de l’hivernation de l’espèce est souvent marquée en Belgique et Pays-Bas. La Buse pattue niche au nord de l'Europe, en Scandinavie, en Sibérie du Nord, en Alaska et à l’extrême nord du Canada.
C’est une coche pour Gérard Picotin qui a été la première personne à l’observer dans l’Hérault le 11 décembre, dans la zone Natura 2000 « Plaine de Villeveyrac-Montagnac ». La veille, une Buse pattue a également été vue dans le Gard et il s’agirait d’ailleurs du même individu selon le Comité d'Homologation Régional du Languedoc-Roussillon.
Le long vol stationnaire ainsi que la particularité du plumage n’ont laissé aucun doute à Gérard Picotin sur l’identification de l’espèce. Le rapace s’est laissé approcher et reste peu farouche, « peut-être par manque d’expérience et de contact avec l’homme» nous dit Gérard Picotin.
Cette présence est difficile à expliquer, plusieurs hypothèses sont possibles comme « l’Overshoot», ce jeune individu aurait continué son périple hivernal à proximité de la Méditerranée par manque d’expérience. Les carences en nourriture et la concurrence avec d’autres rapaces, le poussant à trouver d’autres espaces de chasses. Ou peut-être le dérèglement climatique qui, par l’augmentation des amplitudes thermiques et de la fréquence des vagues de froid, pousseraient l’espèce davantage vers l’Ouest européen (2). Pour l’instant celle-ci a décidé de rester sur Villeveyrac, décision qui plaît à tous les amateurs d’ornithologie du coin, pas moins de 15 observations de l’oiseau sont déjà notées sur le site faune-lr.org.

Victor Béchereau

(1) - en moyenne 11,8 mentions par hiver en dehors d'afflux plus importants liés à des hivers rigoureux (Nouvel inventaire des oiseaux de France 2008).
- en moyenne 13 individus par an entre 1981 et 2010, là aussi en dehors d'afflux plus importants. Un maximum de 60 individus en 1996-1997 (Nidal Issa, Atlas des Oiseaux de France métropolitaine 2015).
(2)-Issa N.et Muller Y. coord.(2015). Atlas des oiseaux de France métropolitaine.Nidification et présence hivernale.

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